Table des matières
Jean-Luc Mélenchon et LFI — conflictualisation, violence et rapports de force
Petit vade-mecum de la brutalité elefiste, généré par une IA sous la torture pointilleuse de ma pénible direction.
1. Doctrine politique de la conflictualisation
Conflictualiser la société
- 12 octobre 2012 — Jean-Luc Mélenchon, « Les trois bifurcations ».
- Mélenchon théorise la « conflictualisation » comme méthode politique.
- Il préconise de « conflictualiser tout ce qu'elle touche ».
- Il cite notamment la provocation, « l'agressivité ciblée » et la raillerie comme instruments politiques.
- tactique : transformer le conflit politique en instrument permanent de mobilisation.
- violence : la violence n'est pas ici physique ; il s'agit d'une stratégie de confrontation et d'agressivité qui installe le conflit comme mode normal de l'action politique.
« Insurrection citoyenne »
- 5 avril 2012 — Discours de Toulouse.
- « L'insurrection citoyenne est un devoir sacré de la République ».
- Référence au droit à l'insurrection de la Constitution de 1793.
- « Poste de combat » pour les militants.
- La « révolution citoyenne » est présentée comme une perspective politique.
- tactique : employer un vocabulaire révolutionnaire et insurrectionnel pour mobiliser contre l'ordre politique établi.
- violence : vocabulaire de soulèvement et de combat ; ce lexique contribue à légitimer l'idée d'une rupture conflictuelle avec l'ordre politique.
- À contrario : Mélenchon présente explicitement cette « insurrection citoyenne » comme pacifique et organisée.
Le peuple contre les institutions
- 23 mars 2023 — Mélenchon après le 49.3 sur les retraites.
- Appel à une « censure populaire ».
- Appel à agir « massivement en tout lieu, en toutes circonstances ».
- Mélenchon parle de « postes de combat ».
- Antoine Léaument évoque un peuple « en état d'insurrection » et une « légitime défense sociale ».
- tactique : présenter l'affrontement avec le gouvernement comme un rapport de force entre le peuple et les institutions.
- violence : cette rhétorique réduit l'espace du compromis politique et présente l'affrontement avec le pouvoir comme une forme de confrontation légitime.
Blocages
- 6 mars 2023 — Mélenchon, « Retraites, inflation : faisons plier Macron ! ».
- Appel à « bloquer entièrement le pays ».
- Soutien à la campagne de Louis Boyard en faveur des blocages.
- 23 mars 2023 — TF1.
- Appel à « multiplier les actions, les blocages ».
- Mélenchon condamne parallèlement les violences commises dans les manifestations.
- tactique : utiliser la paralysie collective comme moyen de pression tout en distinguant officiellement blocage et violence.
- violence : le blocage n'est pas en lui-même une violence physique ; il exerce une contrainte collective sur les tiers et peut contribuer à une logique d'affrontement lorsque le blocage devient le moyen de « faire plier » le pouvoir.
2. Violence verbale et symbolique
Contre les adversaires politiques
- 15 février 2023 — Aurélien Saintoul à l'Assemblée nationale.
- Olivier Dussopt qualifié de « félon » et d'« assassin ».
- tactique : transformer l'adversaire politique en figure criminelle ou traîtresse.
- violence : violence verbale et symbolique ; l'adversaire n'est plus seulement réfuté politiquement mais assimilé à un criminel et à un traître.
Thomas Portes et le ballon Dussopt
- 9 février 2023 — Thomas Portes.
- Photographie avec l'écharpe tricolore, le pied posé sur un ballon portant l'effigie d'Olivier Dussopt.
- Sanction : censure avec exclusion temporaire de quinze jours.
- Plusieurs députés LFI reprennent ensuite le symbole du ballon.
- tactique : mise en scène publique de l'humiliation et de la domination physique symbolique de l'adversaire.
- violence : violence symbolique ; représentation d'un adversaire politique placé sous le pied du député. Le désaccord politique est transformé en rapport de domination corporelle.
Perturbation des travaux parlementaires
- 30 novembre 2023 — Ugo Bernalicis.
- Perturbation du déroulement des travaux de la commission des lois.
- 13 décembre 2023 — Assemblée nationale.
- Censure pour avoir provoqué « délibérément une scène tumultueuse » et « interpellé violemment ses collègues ».
- tactique : utiliser la perturbation du fonctionnement parlementaire comme moyen de confrontation politique.
- violence : violence comportementale et institutionnelle ; le conflit verbal est poussé jusqu'à perturber le fonctionnement normal d'une institution.
3. Rapport à la police
« Barbares »
- 25 septembre 2019 — Mélenchon.
- Des policiers sont qualifiés de « barbares ».
- « Soyez prudents, parce qu'ils ne s'arrêtent plus maintenant ! »
- tactique : présenter les forces de l'ordre comme une force hostile et dangereuse.
- violence : violence verbale et symbolique ; la police est collectivement assimilée à des « barbares », ce qui contribue à sa déshumanisation dans le discours politique.
« La police tue »
- 7 juin 2022 — Mélenchon.
- Après la mort d'une passagère lors d'un contrôle routier : « La police tue ».
- Le syndicat Alliance est qualifié de « groupe factieux ».
- tactique : généraliser un événement individuel en accusation globale contre l'institution policière.
- violence : violence symbolique ; la police est présentée non comme une institution dépositaire de la force publique mais comme une puissance susceptible d'être assimilée à une force hostile.
Délégitimation de la violence légitime
- 17 novembre 2020 — Mélenchon à l'Assemblée nationale.
- Mélenchon affirme que les citoyens doivent pouvoir contrôler « l'usage qui est fait de la force au nom de la puissance publique ».
- Il demande de refonder entièrement la police et la gendarmerie.
- Il oppose le rôle de « gardiens de la paix » à celui du « maintien de l'ordre ».
- tactique : contester la légitimité de la police dans l'exercice de la contrainte publique et déplacer le débat de la légitimité de la force vers la dénonciation de la force elle-même.
- violence : une police qui n'est plus perçue comme dépositaire de la force légitime peut être ramenée symboliquement au rang d'une force rivale. Dans cette représentation, s'opposer physiquement à elle peut apparaître non plus comme une attaque contre l'autorité publique mais comme une forme de résistance ou de légitime défense.
- conséquence : la délégitimation de l'autorité policière peut donc contribuer à rendre moralement acceptable une confrontation physique avec les policiers, même lorsque l'appel explicite à frapper ceux-ci n'est pas formulé.
« Sauvagerie policière »
- 29 septembre 2026 — Mélenchon.
- Appel à « s'interposer face à la sauvagerie policière ».
- « Il n'y aura ni oubli ni pardon pour personne. »
- 30 septembre 2026 — rectification.
- Appel à la « non-violence des méthodes de lutte ».
- tactique : employer d'abord une rhétorique d'affrontement direct avec la police, puis réintroduire explicitement la non-violence.
- violence : « sauvagerie », « s'interposer » et « pas de pardon » constituent un vocabulaire d'affrontement. Dans une situation de maintien de l'ordre, « s'interposer » peut concrètement conduire à une confrontation physique.
- À contrario : la rectification exclut explicitement la violence comme méthode de lutte.
Éléments à contrario
- 10 avril 2016 — Mélenchon, « Ne laissons pas la violence détruire le mouvement social ».
- Mélenchon affirme : « La violence ne nous mène nulle part ».
- Il écrit qu'il est « cruel et inepte » de vouloir blesser un policier.
- Il décrit la « spirale » de la violence comme une menace pour le mouvement social.
- violence : cette déclaration montre que Mélenchon a également théorisé explicitement le rejet de la violence physique contre les policiers.
- Point de distinction : la critique radicale de la police et sa délégitimation politique ne constituent donc pas, à elles seules, un appel explicite à la violence physique.
4. Rapport aux journalistes
« Haine juste et saine »
- 26 avril 2018 — AFP Factuel.
- Mélenchon qualifie la haine des journalistes de « juste et saine ».
- tactique : légitimer l'hostilité envers une catégorie professionnelle tout en évitant un appel explicite à son agression.
- violence : violence verbale et symbolique ; la haine d'un groupe professionnel est présentée comme moralement légitime.
Ruth Elkrief
- 3 décembre 2023 — Mélenchon.
- Ruth Elkrief qualifiée de « manipulatrice » et de « fanatique ».
- Déchaînement de menaces visant ensuite la journaliste.
- Placement de Ruth Elkrief sous protection policière.
- tactique : ciblage nominatif d'une journaliste + exposition massive de l'attaque + déchaînement consécutif de menaces + protection policière.
- violence : attaque verbale initiale ; puis menaces physiques directes contre la journaliste. Aucun lien causal automatique ne doit être affirmé, mais la succession constitue un élément de contexte significatif.
5. Fonctionnement interne de LFI
Personnalisation du pouvoir
- 4 mai 2025 — extraits de *La Meute*.
- Forte centralité de Mélenchon dans le mouvement.
- « Celui qui doute trahit ».
- Témoignages de purges et de marginalisation des contestataires.
- tactique : transformer le désaccord politique en problème de loyauté.
- violence : violence politique interne ; le désaccord est associé à la trahison, ce qui crée un climat d'intimidation et réduit l'espace du débat interne.
Purges et exclusions
- 15 juin 2024 — non-investiture de plusieurs figures historiques.
- Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danielle Simonnet et d'autres figures historiques ne sont pas réinvestis.
- Les intéressés parlent de « purge ».
- tactique : écarter les cadres contestant la ligne ou l'organisation du mouvement.
- violence : violence politique et organisationnelle ; exclusion des dissidents du dispositif électoral et du cercle dirigeant.
6. Traitement politique de la violence
Affaire Quatennens
- 18 septembre 2022 — Mélenchon.
- Après les aveux d'Adrien Quatennens : « Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection. »
- 13 décembre 2022 — condamnation de Quatennens.
- Quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violences conjugales.
- 2023 — retour dans le groupe LFI.
- 2024 — réinvestiture envisagée.
- tactique : protection politique d'un proche malgré la reconnaissance et la condamnation pour violences.
- violence : la violence est ici constituée par les faits de violences conjugales eux-mêmes. L'élément pertinent est la tolérance et la protection politiques accordées à leur auteur.
7. Rapport à la violence militante
Hamas
- 17 octobre 2023 — Danièle Obono.
- Le Hamas qualifié de « mouvement de résistance ».
- Reconnaissance de son existence comme organisation politique dotée d'une branche armée.
- Gérald Darmanin saisit le procureur pour « apologie du terrorisme ».
- tactique : inscrire une organisation armée dans le vocabulaire valorisant de la « résistance » et replacer sa violence dans le contexte de l'occupation.
- violence : risque de légitimation symbolique de la violence armée lorsque les actes d'une organisation sont présentés prioritairement sous l'angle de la résistance.
Jeune Garde
- 2022 — Raphaël Arnault.
- Condamnation à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violences volontaires en réunion.
- 2023 — liens avec LFI.
- Présence de Mélenchon, Manuel Bompard et Sébastien Delogu au camp d'été de la Jeune Garde.
- 23 février 2026 — Mélenchon confirme son soutien.
- Mélenchon explique que la Jeune Garde a notamment appris aux militants à garder leur sang-froid et à assurer la sécurité de leurs réunions.
- tactique : légitimer une organisation militante violente au nom de la protection des militants et de l'autodéfense antifasciste.
- violence : banalisation de la violence militante comme moyen légitime de protection politique.
8. Antisémitisme, allusions codées et violence envers les Juifs
Pierre Moscovici : finance, nationalité et « pensée française »
- 2013 — Mélenchon à propos de Pierre Moscovici.
- Moscovici accusé de « ne pas penser français » et de penser « dans la langue de la finance internationale ».
- tactique alléguée : associer une personnalité politique juive à la finance internationale et à une forme de dénationalisation.
- violence : violence symbolique ; la personne est présentée comme étrangère à la communauté nationale et associée à un pouvoir financier extérieur.
- À contrario : Mélenchon affirme avoir ignoré l'origine juive de Moscovici.
Jésus et les « compatriotes »
- 1er juillet 2020 — Mélenchon.
- À propos de la crucifixion de Jésus : « je sais qui l'y a mis, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes ».
- Accusations de reprise du motif antisémite du « peuple déicide ».
- tactique alléguée : réactiver un motif historique accusant collectivement les Juifs de la mort du Christ.
- violence : violence symbolique et historique ; le propos réactive potentiellement un motif qui a servi pendant des siècles à légitimer la haine et les persécutions des Juifs.
David Guiraud et les « dragons célestes »
- 2 janvier 2024 — David Guiraud.
- Référence aux « dragons célestes » de *One Piece* en réponse à un message évoquant une plainte de l'Observatoire juif de France.
- Cette expression est détournée depuis les années 2010 dans certains espaces en ligne pour désigner les Juifs et contourner la modération.
- Le terme fonctionne comme un *dog whistle* : message codé compréhensible par le public qui en connaît le code.
- Guiraud supprime ensuite son message.
- tactique : employer un symbole apparemment neutre pour transmettre une allusion antisémite à un public connaissant le code.
- violence : violence symbolique et haineuse ; le procédé permet de diffuser une représentation hostile tout en conservant une possibilité de dénégation.
- Élément significatif : Guiraud est un utilisateur ancien et assidu de *One Piece*, ce qui permet d'opposer l'explication du simple usage culturel à la question de la signification particulière du symbole dans ce contexte.
« Le bébé dans le four »
- 10 novembre 2023 — David Guiraud.
- Guiraud évoque « le bébé dans le four » et « la maman éventrée » dans une vidéo consacrée aux récits du 7 octobre.
- Il met en doute certains récits concernant les massacres commis par le Hamas.
- tactique : utiliser le vocabulaire des camps et de l'extermination pour contester ou relativiser des récits concernant le massacre de civils juifs.
- violence : violence mémorielle et symbolique ; le recours au vocabulaire des fours et de l'extermination dans ce contexte ravive directement l'imaginaire de la Shoah.
Caricature de Cyril Hanouna
- 11 mars 2025 — La France insoumise.
- Publication d'un visuel représentant Cyril Hanouna avec des traits volontairement accentués et une expression grimaçante.
- Le visuel est retiré après la polémique.
- Plusieurs observateurs relèvent une ressemblance avec l'affiche du film antisémite nazi *Le Juif Süss* de 1940.
- 19 mars 2025 — polémique politique.
- La ressemblance est dénoncée par plusieurs organisations et partis de gauche.
- 21 mars 2025 — condamnation judiciaire.
- LFI est condamnée pour atteinte au droit à l'image de Cyril Hanouna.
- tactique alléguée : reprendre une iconographie historiquement associée à la caricature antisémite pour désigner un adversaire politique, puis retirer le visuel lorsque la polémique devient trop forte.
- violence : violence symbolique ; l'image réactive des codes visuels employés par la propagande antisémite nazie. Pour les personnes juives, cette iconographie ne constitue pas une simple caricature politique : elle renvoie à une histoire de persécution, de déshumanisation et d'extermination.
- Point significatif : l'image n'est pas seulement un portrait désobligeant ; sa ressemblance avec *Le Juif Süss* donne à la caricature une portée historique spécifique.
« Antisémitisme résiduel »
- 2 juin 2024 — Mélenchon.
- « L'antisémitisme reste résiduel en France. »
- Déclaration dans un contexte de forte hausse des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023.
- tactique alléguée : relativiser l'ampleur du phénomène.
- violence : violence symbolique par minimisation ; le risque est de rendre moins visible ou moins grave la violence subie par les personnes juives.
Yaël Braun-Pivet
- 22 octobre 2023 — Mélenchon.
- Yaël Braun-Pivet accusée de « camper à Tel-Aviv pour encourager le massacre ».
- tactique alléguée : présenter une personnalité politique française comme relais d'une puissance étrangère dans le contexte du conflit israélo-palestinien.
- violence : violence verbale et symbolique ; mise en cause personnelle dans un contexte de fortes tensions autour des Juifs et d'Israël.
- Ne constitue pas, isolément, une preuve d'antisémitisme.
Spécificité de la violence antisémite
- 1933-1945 — persécution et extermination des Juifs d'Europe.
- L'antisémitisme contemporain ne renvoie pas seulement à une hostilité abstraite envers un groupe.
- En France, les Juifs ont été persécutés, déportés et assassinés dans le cadre de la politique d'extermination nazie, avec la participation de l'État français.
- Les références aux camps, aux fours, aux caricatures antisémites et aux codes de propagande nazie réactivent donc une mémoire historique directement liée à des persécutions et à un crime contre l'humanité.
- tactique : utiliser ou réactiver des images, expressions ou codes dont la signification historique dépasse largement l'insulte politique ordinaire.
- violence : la violence antisémite possède une dimension mémorielle et historique spécifique. Elle ne vise pas seulement une personne contemporaine : elle peut réactiver l'imaginaire qui a servi à déshumaniser et à persécuter les Juifs jusqu'à leur extermination.
- conséquence : pour les Juifs de France, une caricature reprenant des codes de propagande antisémite ne constitue donc pas une simple invective politique ; elle peut être vécue comme la réactivation d'une histoire de persécution et de mise à mort.
- distinction : cette gravité historique n'implique pas que toute accusation d'antisémitisme soit automatiquement exacte ; elle explique pourquoi les références antisémites doivent être examinées avec une attention particulière.
9. Division et polarisation de la société
Désignation permanente d'un adversaire
- Depuis 2012 — doctrine de la conflictualisation.
- Opposition récurrente entre « le peuple » et les institutions.
- Adversaires décrits comme « caste », « oligarchie », « régime » ou forces hostiles au peuple.
- Médias présentés à plusieurs reprises comme auxiliaires du pouvoir.
- Police présentée comme force hostile au peuple.
- tactique : construire le conflit politique comme opposition entre un peuple légitime et des adversaires présentés comme illégitimes.
- violence : cette représentation réduit la distance symbolique entre l'adversaire politique et l'ennemi ; elle rend plus acceptable l'idée que le conflit puisse sortir du cadre ordinaire du débat démocratique.
Mon analyse
« Conflictualiser » : construire l’antagonisme
Le conflit ne signifie pas nécessairement violence : une divergence d’intérêts ou de points de vue peut être discutée, arbitrée ou résolue pacifiquement. Un conflit peut même être utile lorsqu’il permet de faire apparaître un problème latent et de rechercher une solution.
« Conflictualiser » désigne autre chose : non pas constater un conflit existant, mais faire de la conflictualité une méthode de construction du rapport politique. La divergence tend alors à être transformée en opposition, l’opposition en antagonisme et l’antagonisme en rapport de forces.
- Mécanisme : la politique n’est plus seulement conçue comme l’organisation d'un débat entre positions différentes, mais comme la confrontation de camps dont l’un doit imposer son projet à l’autre.
L’emploi récurrent du terme de « combat » renforce cette représentation. Même lorsqu’il reste strictement verbal, le combat suppose un adversaire, une confrontation, un rapport de forces et, implicitement, une victoire et une défaite.
Cette logique ne constitue pas nécessairement une violence physique. Elle relève plutôt d’une violence symbolique ou agonistique lorsqu’elle substitue à la recherche d’un désaccord arbitrable une relation structurée autour de l’affrontement. Le risque est alors de ne plus seulement révéler les antagonismes réels de la société, mais de contribuer à les produire et à les intensifier.
Limite : conflictualiser peut néanmoins avoir une fonction démocratique lorsqu’il s’agit de rendre visibles des rapports de force ou des intérêts contradictoires que le consensus tend à masquer. Le problème n’est donc pas l’existence du conflit, mais la manière dont celui-ci est politiquement construit et traité.
De la conflictualisation à la violence politique
La conflictualisation devient particulièrement significative lorsqu’elle ne reste pas au niveau abstrait du débat d’idées, mais s’applique à des personnes, des groupes ou des institutions identifiés comme adversaires. Le mécanisme général est alors le suivant : désigner un antagoniste, délégitimer sa position, organiser le rapport de forces et présenter la confrontation comme nécessaire.
Dans le cas étudié ici, cette logique permet de relier plusieurs dimensions apparemment distinctes :
- Adversaires politiques : la contradiction peut être construite comme une opposition entre deux camps irréconciliables, dans laquelle la victoire de l’un implique la défaite de l’autre.
- Institutions : Parlement, gouvernement ou autres institutions peuvent être présentés moins comme des lieux légitimes d’arbitrage que comme des obstacles auxquels il faut « faire plier » le pouvoir. Le blocage et la pression deviennent alors des instruments politiques normaux.
- Police : lorsque la police est décrite non comme le dépositaire légitime de la force publique mais comme une force hostile ou intrinsèquement violente, la confrontation avec elle change de signification. L'opposition physique peut alors être moralement requalifiée en résistance à une force considérée comme illégitime. Cela ne signifie pas que le discours provoque mécaniquement des violences, mais qu'il peut contribuer à désacraliser l'interdit de l'affrontement physique avec les forces de l'ordre.
- Journalistes et médias : la conflictualisation peut également transformer le contradicteur médiatique en adversaire politique. La critique ne porte alors plus seulement sur ses analyses ou ses erreurs, mais sur sa légitimité à exercer sa fonction.
- Adversaires internes : appliquée au fonctionnement d'un mouvement, cette logique peut conduire à considérer le désaccord non comme une divergence normale mais comme une défaillance, une trahison ou une rupture de loyauté.
- Groupes désignés comme adversaires : lorsque cette construction antagonique s'accompagne d'allusions, de stigmatisation ou de représentations déshumanisantes, la violence symbolique franchit un degré supplémentaire. Le débat sur les idées devient alors un conflit entre catégories de personnes. Cette dynamique peut être renforcée par l'utilsation d'insultes stigmatisantes type « fachos » qui à la fois accentuent l'antagonisme et la colère, et tendent à interdire le dialogue (on ne discute pas avec.)
Ainsi, le terme « conflictualiser » permet de comprendre le fil directeur du dossier : il ne s'agit pas d'affirmer que tout conflit ou toute opposition est violent, ni que toute parole combative produit nécessairement une violence physique. Il s'agit d'observer comment une méthode de construction politique fondée sur l'antagonisme peut rendre plus fréquentes, plus légitimes ou plus acceptables différentes formes de violence — verbale, symbolique, institutionnelle ou, dans certains contextes, physique.
De la conflictualisation à la violence physique
La question suivante est celle du passage de la violence politique et symbolique à la violence physique. Ce passage n'est pas automatique : une rhétorique conflictuelle peut rester durablement verbale et une mobilisation politique peut être fortement antagonique sans devenir violente. Les travaux(1) sur la violence politique (et l'histoire) montrent cependant que celle-ci peut apparaître dans des processus d'escalade interactionnelle, lorsque les adversaires adaptent progressivement leurs comportements les uns aux autres.
Dans cette perspective, la conflictualisation peut constituer un terrain de préparation symbolique : elle transforme le contradicteur en adversaire, l'adversaire en antagoniste et l'affrontement politique en rapport de forces. Tant que le combat reste verbal, il demeure dans le registre de la violence symbolique. Mais lorsque l'adversaire est présenté comme illégitime, dangereux ou comme un obstacle qu'il faut « faire plier », le passage à des formes plus matérielles de confrontation devient conceptuellement plus facile à justifier.
Lorsque de surcroît il existe sur le terrain ou dans le contexte réel des évènements impliquant des groupes violents ou d'autres particulièrement maléables, le risque d'encourager le déclenchement de violences physiques devient particulièrement évident. La « compréhension » consentie par avance par le politique permet de gommer le surmoi du militant violent, ainsi dédouanné de l'obligation morale de ne pas céder à la violence.
- Mécanisme : désaccord → opposition → antagonisme → rapport de forces → confrontation → éventuelle escalade physique.
La violence physique n'est donc pas contenue mécaniquement dans la conflictualisation ; elle constitue un degré supplémentaire lorsque le rapport de forces politique se traduit par une confrontation corporelle, des dégradations ou des violences contre des personnes.
Le mécanisme pertinent n'est pas « un discours violent provoque une violence physique », mais plutôt la possibilité d'une désinhibition progressive de l'affrontement. La recherche sur les processus de radicalisation et d'escalade montre notamment que les interactions avec les adversaires et les forces de l'ordre peuvent modifier les perceptions, renforcer la solidarité de groupe et contribuer à la légitimation de formes de violence.
Cette distinction permet donc de relier les différentes dimensions du dossier sans les confondre : la violence verbale ou symbolique n'est pas encore la violence physique, mais elle peut participer à un environnement politique dans lequel l'affrontement physique devient plus pensable, plus justifiable ou plus difficile à exclure. L'enjeu est alors d'identifier, dans chaque cas concret, si un discours demeure au niveau du combat politique ou s'il franchit effectivement un seuil supplémentaire en légitimant, encourageant ou accompagnant des actes physiques.
[1] Onatella della Porta, « Radicalization: A Relational Perspective », Annual Review of Political Science, vol. 21, 2018, p. 461–474. https://doi.org/10.1146/annurev-polisci-042716-102314 [2] Donatella della Porta, « On Violence and Repression: A Relational Approach », Government and Opposition, 49(2), 2014, p. 159–187. https://www.cambridge.org/core/journals/government-and-opposition/article/on-violence-and-repression-a-relational-approach-the-government-and-oppositionleonard-schapiro-memorial-lecture-2013/691EA7BFA2789457A22002EEDC065041?utm_source=chatgpt.com
